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 Un curieux oecuménisme autour des "sans-papiers"

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MessageSujet: Un curieux oecuménisme autour des "sans-papiers"   Mar 11 Sep 2007 - 11:40

Un curieux oecuménisme autour des "sans-papiers"
samedi 8 septembre 2007, par Pierre Baracca
de la REPUBLIQUE SOCIALE (sic!) ET LAIQUE



La notion de « Sans Papiers » a été promue médiatiquement à la place de celle d’« immigrés clandestins » lors de l’occupation successive de deux églises parisiennes par des Africains : à Saint- Ambroise du 18 au 22 mars 1996 (évacuation demandée par l’archevêché de Paris), puis à Saint Bernard (expulsion le 23 août 1996). Cette notion a pris de la consistance avec la manifestation de solidarité aux « Sans Papiers » organisée à Paris le 1er octobre 1996.

Un mouvement s’est peu à peu construit autour des « Sans Papiers » (« SP ») et contre la circulaire Jospin-Chevènement instaurant des critères de régularisation. D’abord parisien, ce mouvement va se constituer aussi à Toulouse (1999), à Lille et Rouen (2000), à Marseille (2002), etc. Et chaque fois selon des modalités spécifiques.

C’est en région parisienne qu’a démarré ce mouvement. Et le soutien aux « SP » a été d’abord d’ordre religieux : dès février 1997, le Conseil des Eglises chrétiennes revendique des droits pour les « SP ». A partir de 2000, un Réseau catholique va s’organiser progressivement à partir d’une quinzaine de paroisses de Paris, d’aumôneries, de groupes de jeunes et de mouvements proches comme le Secours catholique, le Comité Catholique contre la Faim et pour le Développement (CCFD), la Cimade qui est un service oecuménique aidant les réfugiés et les « migrants économiques » en liaison avec le Conseil Oecuménique des Eglises, la Fédération Protestante de France, l’Eglise Orthodoxe en France, etc. En 2003, ce réseau devient une association type 1901, le « Réseau Chrétiens-Immigrés » (RCI), afin d’agir au niveau socio-politique. D’ailleurs, les 12-15 novembre 2003, le RCI participe activement au Forum Social Européen. Depuis 2004, l’Eglise catholique réitère avec force son engagement en faveur des Sans Papiers et son soutien aux actions du RCI.

Cette approche religieuse de la question des « SP » et de l’immigration est nécessairement compassionnelle : elle renvoie les chrétiens au devoir de charité envers « les Pauvres », ici les immigrés, à l’instar de St Martin partageant son manteau avec un pauvre. La notion de « pauvreté » n’est pas référée au système capitaliste, mais est essentialiste, voire naturelle : les « Pauvres » et les « Riches » sont de tous les temps. A la charité envers les pauvres s’ajoute « l’accueil de l’étranger » enseigné par les Evangiles. Quel a été le débouché politique de cette compassion pour les Pauvres que sont les Etrangers ? A partir de 2005 le RCI en conclut que, pour soulager la misère mondiale, la libre circulation des « humains » à l’échelle du globe est la seule solution pour garantir la dignité des immigrés.

Il préconise d’ouvrir les sociétés occidentales, d’accueillir les immigrés et de partager : « Notre société arrive au bout de sa logique de sacralisation des avoirs, acceptant de faire vivre des êtres humains en sous-hommes plutôt que de repenser la répartition des richesses. Nos frigos sont pleins, nos buffets sont pleins et nous voudrions empêcher des populations qui crèvent de misère de s’en approcher. Quel visage notre société, notre Église, donnent-elles à voir ? » (Revue Parvis, n°31, sept. 2006). L’immigré est le Prochain : le respecter implique par conséquent de respecter sa culture d’origine, ses conceptions religieuses, sociales, normatives, etc. Ce positionnement conduit cette mouvance chrétienne à adhérer à la notion de « laïcité ouverte », c’est à dire la fin de la laïcité, et à s’opposer à la loi contre les signes religieux à l’Ecole (2004). C’est renouer avec la classique hostilité de l’Eglise catholique à la République laïque. Le RCI promeut ses conceptions auprès des instances de Bruxelles. Force est de constater que de nombreux Verts procèdent de cette approche chrétienne sur ces différentes questions.

En région lilloise le mouvement des « SP » a été davantage encadré et tiré par une mouvance complexe liée aux diverses gauches : surtout des éléments de l’extrême-gauche trotskiste, du PCF, de l’anarchisme et de mouvements proches comme le MRAP, la LDH, la Ligue de l’Enseignement, Ras l’Front, les alter-mondialistes, etc. Ici « le prochain » est devenu « le camarade » et « la volonté d’un universalisme chrétien » est remplacée par « l’internationalisme prolétarien » compris non comme « entre-nations », mais comme « mondialisation prolétarienne sans Etats-nations ». Par conséquent tous les travailleurs du monde ont le droit de circuler à l’échelle planétaire, de travailler là où ils veulent, de vivre comme ils le veulent et le cadre national doit être aboli. « Avec ou Sans Papiers, Tous Travailleurs », clamaient toujours le 30 août 2007 le Comité des « SP » du Nord (CSP59) et le réseau qui l’entoure. Base du raisonnement : comme le Capital (les firmes multinationales) va où il veut, les travailleurs doivent pouvoir aller là où il y a du travail. D’ailleurs le CSP59 et sa mouvance associative, politique, syndicale (FSU, CGT, SUD) ont participé aux Comités anti-libéraux contre la Constitution européenne.

Ce positionnement conduit cette mouvance à demander la régularisation de tous les Sans Papiers chaque fois qu’ils en arrivent de nouveaux afin d’« éviter l’exploitation capitaliste qu’est le travail au noir ». Le réseau autour des « SP » associe sciemment la question des « SP » et celle des jeunes issus de l’immigration (« les Banlieues »), via notamment les Verts de Roubaix qui travaillent avec Tariq Ramadan. Pas étonnant que tout ce monde gravitant autour des « SP » ait combattu la loi de 2004 interdisant les signes religieux à l’Ecole et continue à demander son abrogation. Pas surprenant que le porte-parole actuel du CSP59, le sociologue Saïd Bouamama, soit un des concepteurs de l’« Appel pour les Assises de l’anti-colonialisme post-colonial. » des « Indigènes de la République » (mouvement créé le 19 janvier 2005). « L’islamo-gauchisme » lillois qui considère que les immigrés sont « le pôle classe ouvrière » et les Français « le pôle bourgeoisie » du schéma de la lutte des classes, combat ce qu’il appelle « le chauvinisme du modèle bourgeois républicain laïque français ». Cette mouvance autour des « SP » collabore avec la mouvance chrétienne locale, le tout sur un fond « pro-communautariste » et « pro-laïcité ouverte » d’une partie du PS local.

On peut dire qu’en France ces deux configurations de soutien aux « Sans Papiers » et à la régularisation continuelle des immigrés coopèrent tout en gardant leurs spécificités et convergent paradoxalement avec la logique capitaliste néolibérale mondialiste de la libre circulation des capitaux, des marchandises, des entreprises, des travailleurs. Chacune, à sa façon, oeuvre à inculquer la fin de l’Etat-Nation français et de sa République laïque et, ce, au profit d’une vision communautariste d’une France disparaissant pour des Régions devenant des unités territoriales de l’Europe. Ce soutien à la libre circulation des travailleurs à l’échelle planétaire, associé à un rejet de la République laïque de l’Etat-nation français, participe à l’ethnicisation des rapports sociaux et aux conflits inter-ethniques dont les guerres des bandes ne sont qu’une des manifestations. Ce positionnement a contribué au glissement d’une partie importante du salariat vers le FN, puis vers Nicolas Sarkozy aux dernières présidentielles.

Qui veut aujourd’hui défendre la « République laïque et sociale » en France ou ailleurs, ne peut manquer de s’interroger
sur la nécessité de freiner les flux planétaires de main d’œuvre (émigration-immigration),

sur l’impossibilité de régulariser chaque nouvelle vague de « SP »,

sur la nécessité de reposer la question des stratégies de développement des pays sous-développés en refusant la solution du co-développement qui laissent les décisions aux capitalistes des firmes multinationales,

sur la nécessité de l’Etat-Nation comme moyen de la démocratie, de l’Etat social et de l’emploi pour le salariat et les couches moyennes,

sur la défense des cultures nationales qui demeurent le substrat de la socialisation des individus et du vivre ensemble,
sur le chaos généré par la libre circulation totale mondiale capitaliste et qui conduit à empêcher tout contrôle démocratique réel par le peuple.

http://www.ripostelaique.com/spip.php?article63
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MessageSujet: Re: Un curieux oecuménisme autour des "sans-papiers"   Mer 30 Jan 2008 - 10:12

Quand mondialisme riment avec escrocs ...

Cinq psychiatres ont été interpellés mardi à Marseille, selon une source proche de l'enquête. Les cinq psychiatres, dont trois experts, auraient permis, contre rétribution, l'établissement de certificats de complaisance. Des documents permettant de bénéficier d'une autorisation de séjour sur le territoire à titre médical ont été saisis, d'après la même source. Une trentaine de personnes ont été interpellées au total dans le cadre de cette affaire.

Ce sont des contrôles dans le milieu parisien de la prostitution qui ont permis, il y a quelques semaines, de détecter l'attribution de certificats médicaux de complaisance en provenance de psychiatres marseillais.

Plus d'un demi-million d'euros détournés

Les policiers de la brigade de répression du proxénétisme (BRP) de la préfecture de police de Paris sont intervenus à Marseille mardi sur plusieurs de "leurs objectifs", selon une source proche de l'enquête. Les investigations sont menées conjointement par des enquêteurs de la préfecture de police de Paris et ceux de la section de recherches de la gendarmerie de Marseille, sous l'autorité du juge marseillais Carole Sayouz.

Un psychiatre de l'Assistance publique-Hôpitaux de Marseille avait déjà été mis en examen en octobre pour des faits identiques à la suite d'une longue enquête de la police aux frontières (PAF). Trois membres d'une association marseillaise d'aide aux immigrés avaient été mis en examen avec lui, le réseau ayant détourné près d'un demi-million d'euros depuis octobre 2006.
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MessageSujet: Re: Un curieux oecuménisme autour des "sans-papiers"   Mar 5 Fév 2008 - 1:01

un camerounais intelligent: à soutenir!

http://fr.novopress.info/?p=10390
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MessageSujet: Re: Un curieux oecuménisme autour des "sans-papiers"   Jeu 8 Mai 2008 - 10:01

Sekou Lassana Adama Anis Mahamadou Koundenegoun et les autres ...
Sekou, 37 ans, a quitté le Mali en 2000. "Je n'ai jamais fait de demande de régularisation car j'ai été embauché dans le ravalement grâce à la carte de séjour de mon frère. Depuis 2002, j'ai un contrat à durée indéterminée, qui est au nom de mon frère. Mon employeur ne connaît pas ma vraie identité. Toute la journée, je vis dans la peau de quelqu'un d'autre. Pour les impôts, mon frère déclare les deux revenus en son nom. Il cotise deux fois pour la Sécu, mais si moi je suis malade, je suis obligé d'aller travailler car je ne peux pas me faire rembourser. Depuis un an, je n'arrête pas de me faire contrôler. Dans le métro, on me demande souvent mes papiers. Du coup, j'ai toujours la photocopie de la carte de séjour de mon frère sur moi. Mais comme ma femme et mes enfants sont restés au Mali, rien n'empêche l'administration de m'expulser."
Arrivé du Sénégal en 2001, Lassana a 35 ans. "Je suis rentré en France comme Sierra Léonais. J'ai essayé de faire une demande d'asile, mais ça a été refusé. Depuis, je travaille dans une entreprise d'étanchéité, où j'ai appris le métier. En 2006, j'ai obtenu un CDI, mais je me suis fait arrêter en décembre 2007. J'ai passé quinze jours au centre de rétention, avant de passer devant le tribunal. Comme j'avais donné une fausse identité, ils m'ont relâché, mais j'ai une interdiction de territoire de six mois. Depuis, je ne peux plus travailler car c'est trop risqué. Mais mon employeur me garantit ma place si j'obtiens des papiers. Il m'avait même pris un avocat pour me défendre. Jusqu'à mon arrestation, je gagnais 1700 euros par mois. Je paie donc des impôts, la taxe d'habitation, la redevance. Puisque j'ai un métier, un CDI, une place dans une entreprise, je ne vois pas pourquoi ma situation ne se règle pas."
Adama, 36 ans, est arrivé en France en 2001. "En Côte d'Ivoire, où j'étais instituteur, j'étais membre du RDR, un parti politique qui n'était pas du tout accepté. Une fois en France, j'ai demandé l'asile politique, mais cela m'a été refusé. Aujourd'hui je travaille dans la sécurité, avec les papiers de mon cousin ou avec de faux papiers, ça dépend. Mon entreprise sait que je n'ai pas de papiers, mais comme je travaille bien ils ferment les yeux. Et puis, si je n'ai pas de papiers, j'ai quand même un permis de conduire français que j'ai obtenu à mon arrivée en France en faisant changer mon permis ivoirien. Mais cela ne suffit pas. Un jour, je me suis fait arrêter et la police a demandé à voir aussi ma carte de séjour. J'ai dit que je l'avais laissée à la maison mais j'ai fait de la garde à vue."
Anis, 25 ans, est arrivé de Tunisie en 2003. "Au début, j'ai pas trop pensé à demander des papiers. Je voulais avant tout travailler. Depuis trois ans, je suis employé au noir dans une entreprise de menuiserie. Le patron sait que je n'ai pas de papiers. C'est un arabe, comme moi. Je n'ai jamais fait de faux papier car je ne veux rien faire d'illégal. Je me suis déjà fait arrêter deux fois. J'ai donné un faux nom, comme ça je risque moins. Une fois, j'étais dans une station de métro quand un policier m'a demandé mes papiers. J'ai réussi à partir en courant, mais en sortant un bus m'a foncé dessus. On risque notre vie. Mais même si je n'ai pas de papiers, je me sens bien ici."
Mahamadou, 35 ans, est arrivé du Mali en 2000. "Aujourd'hui, ma vie est ici. Ma femme est là, même si elle non plus n'a pas de papiers. Mes deux enfants sont nés en France ; je travaille, dans le bâtiment. Pendant plusieurs années, j'ai payé des impôts sur le revenu, même si maintenant que j'ai une famille à charge je n'en paie plus. Je cotise aussi à la sécurité sociale, j'ai une carte Vitale, mais je n'ai pas droit aux allocations familiales, ni aux allocations logement car ils demandent une pièce d'identité, ce que je n'ai pas. A la fin du mois, c'est sûr, on ne peut pas faire d'économies. Il faut même beaucoup de courage pour vivre comme ça."
Koundenegoun, 45 ans, a quitté le Mali il y a vingt ans. "Depuis, j'ai déposé plus de dix demandes. A chaque fois, ils me disent non, parce que je n'ai pas de femme, parce que la France ne peut pas accueillir toute la misère du monde. Mais la France a colonisé le Mali, donc je ne vois pas pourquoi la France ne me donne pas de papiers aujourd'hui." Quant à sa vie de sans-papiers, "je me suis déjà fait contrôler plusieurs fois. Mais le tribunal m'a donné raison car je travaille [comme plaquiste dans le bâtiment] et que je suis là depuis longtemps".
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